Quebec Studies

La représentation de « contre-espaces » au service de la construction identitaire dans Volkswagen Blues et La tournée d’automne de Jacques Poulin

Quebec Studies (2022), 73, (1), 93–111.

Abstract

Chez Jacques Poulin, les personnages se construisent en limitant les contacts à un nombre restreint de personnes. Cette attention notable que l’auteur porte à l’individu, au corps, et à son rapport à l’Autre, et pas particulièrement aux autres, trouve en partie sa source dans l’intérêt singulier qu’il manifeste à l’espace. En effet, le corps étant le « point zéro » (Foucault 2009, 18), l’origine de tous les espaces, sans lui aucun d’eux n’est identifiable en tant que tel: « Mon corps est comme la Cité du Soleil, il n’a pas de lieu, mais c’est de lui que sortent et que rayonnent tous les lieux possibles, réels ou utopiques » (ibid.). L’individu est alors acteur, créateur de son propre espace de vie, oscillant entre rêve et réalité, entre liberté et réalité, entre espaces hétérotopiques et utopiques, autrement nommés « contre-espaces », - « des lieux qui s’opposent à tous les autres, qui sont destinés en quelque sorte à les effacer, à les neutraliser ou à les purifier » (Foucault 2009, 24) - et non utopiques. In fine, le rapport à la réalité est propre à soi, mais, pour les protagonistes pouliniens, l’équilibre est essentiel.

Je propose dans cet article de montrer que les personnages de Jack dans Volkswagen Blues (1984) et du Chauffeur dans La tournée d’automne (1993), en pleine crise existentielle, partent à la recherche d’eux-mêmes et trouvent leur propre équilibre grâce au Volkswagen et au bibliobus, et qu’ainsi ces deux véhicules, considérés comme de véritables entités, répondent-ils à la définition des « contre-espaces » établie par Foucault. En incarnant pour les personnages un refuge au service d’une réflexion sur eux-mêmes, leur rapport à l’autre et sur la vie, ils participent intimement de leur quête identitaire.

In Jacques Poulin’s works, characters are built by restricting contact to a limited number of people. The remarkable attention that the author pays to the individual, to the body and its relation to the Other, and not specifically to others, is partly due to the particular interest that he devotes to the epistemological category of space. Indeed, assuming that the body is the “zero point” (Foucault 2009, 18) and thus the origin of all spaces, one could also argue that without it, none of these spaces would be identifiable as such: “My body is like the city of the sun, it has no place, but from it all possible places, real or utopian, emanate and radiate onto it” (ibid.; my translation). The individual then becomes an actor, the creator of his or her own habitat, oscillating between dream and reality, between freedom and reality, between heterotopic and utopian spaces, also called “counter-spaces” - “non-utopian places that oppose all others, that are destined in some way to erase, neutralize or purify them” (Foucault 2009, 24) - and not utopian. In other words, one’s relationship to reality depends on one’s own body, yet for Poulin’s protagonists, balance is nonetheless essential.

In this article, I want to show that the characters of Jack in Volkswagen Blues (1984) and the Driver in La tournée d’automne (1993), who both seem to be in an existential crisis, go in search of themselves and find their own equilibrium thanks to the mobile spaces that the Volkswagen and the Bibliobus represent, and that these two vehicles, which should be considered as real entities in the novels, thus correspond to Foucault’s definition of “counter-spaces.” By representing a kind of refuge for the characters, in the sense that they allow both men to reflect on existential questions that revolve around themselves, their relationship with the Other, but also their perception of life in general, both vehicles play an undeniable and indeed crucial role in these characters’ search for identity.

Access Token
£25.00
READ THIS ARTICLE
If you have private access to this content, please log in with your username and password here

Ouvrages cités

Bakhtine, Mikhaïl. 1978. Esthétique du roman. Paris: Gallimard. Google Scholar

Brasebin, Jenny. 2013. Road novel, road movie. Approche chronotopique du récit de la route. Thèse de doctorat. Université de Montréal/Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3. Google Scholar

Charles, Sébastien. 2005-2006. « De la postmodernité à l’hypermodernité ». Argument 8 (1): http://www.revueargument.ca/article/2005-10-01/332-de-la-postmodernite-a-lhypermodernite.html. Google Scholar

Foucault, Michel. [1984] 2009. Le Corps Utopique. Les Hétérotopies. Clamecy: Nouvelles Éditions Lignes. Google Scholar

Hébert, Pierre. 1997. Jacques Poulin. La création d’un espace amoureux. Ottawa: Presses de l’Université d’Ottawa, coll. « Œuvres et auteurs ». Google Scholar

Jaques, Elliott. 1963. « Death and Midlife Crisis ». International Journal of Psychoanalysis 46: 502-514. Google Scholar

L’Hérault, Pierre. 1989. « Volkswagen Blues: traverser les identités ». Voix et Images 15 (1): 28-42. Google Scholar

Marcotte, Giles. 1985. « Histoires de Zouaves ». Études françaises 21 (3): 7-17. Google Scholar

Michelet, Jules. 2017. Journal. Paris: Gallimard. Google Scholar

Poulin, Jacques. [1984] 1998. Volkswagen Blues. Montréal/Arles: Leméac/Actes Sud. Google Scholar

Poulin, Jacques. [1989] 1995. Le vieux Chagrin. Montréal/Arles: Leméac/Actes Sud. Google Scholar

Poulin, Jacques. [1993] 1996. La tournée d’automne. Montréal/ Arles: Leméac/Actes Sud. Google Scholar

Poulin, Jacques. [1998] 2000. Chat sauvage. Montréal/Arles: Leméac/Actes Sud. Google Scholar

Poulin, Jacques. [2002] 2011. Les yeux bleus de Mistassini. Montréal/Arles: Leméac/Actes Sud. Google Scholar

Poulin, Jacques. 2006. La traduction est une histoire d’amour. Montréal/Arles: Leméac/Actes Sud. Google Scholar

Poulin, Jacques. 2009. L’anglais n’est pas une langue magique. Montréal/Arles: Leméac/Actes Sud. Google Scholar

Poulin, Jacques. 2011. L’homme de la Saskatchewan. Montréal/Arles: Leméac/Actes Sud. Google Scholar

Rondeau, Frédéric. 2018. « La contemporanéité aujourd’hui ». Voix et Images 43 (3): 181-188. Google Scholar

Saint-Martin, Lori. 1999. « L’androgynie, la peur de l’autre et les impasses de l’amour. La tournée d’automne de Jacques Poulin », Voix et Images 24 (3): 541-557. Google Scholar

Thibeault, Jimmy. 2020. « Le complexe du scaphandrier. L’écriture du soi dans l’œuvre de Jacques Poulin: de l’isolement à l’universel », Voix et Images 45 (2): 13-31. Google Scholar

If you have private access to this content, please log in with your username and password here

Details

Author details

Auvray, Marie-Lise