Francosphères

La revue Acoma ou l’ouverture collective aux mondes des Amériques

Francosphères (2022), 11, (1), 55–70.

Abstract

Cet article analyse l’intention générale de la revue Acoma, publiée de 1971 à 1973 sous la direction d’Édouard Glissant, et plus particulièrement son ouverture aux mondes américains. Identifiant les principales caractéristiques structurelles de cette « revue de littérature, de sciences humaines et politiques », l’étude rappelle qu’Acoma a d’abord eu pour fonction de témoigner et de garder trace des activités de l’Institut Martiniquais d’Études (IME), fondé en 1967, et qu’elle constitue en ce sens un lieu du travail collectif que mènent alors Glissant et les membres de l’IME pour produire une ‘agitation culturelle’ dans la société martiniquaise et l’extraire de ce qu’ils considèrent être, selon leur diagnostic, le « stade suprême de la colonisation ». Cependant, la revue s’attacha également à ouvrir l’horizon aux pays d’alentour où se poursuivaient les luttes de libération des peuples (États-Unis, Cuba, Québec, etc.). En effet, l’antillanité revendiquée par Glissant à cette époque est étroitement liée à un imaginaire des Amériques et à l’intention de mettre en relation d’autres pays antillais et américains afin de faire émerger et de partager une conscience collective entre les peuples. Aussi cet article démontre-t-il que la revue Acoma actualise un monde antillais ouvert sur les Amériques, quoique cette réalité soit encore « virtuelle » et à bâtir aujourd’hui.

Published Open Access under a CC-BY licence: https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/

This article analyzes the main goal of the journal Acoma (1971-73), and more specifically its openness to the Americas. Identifying the main structural characteristics of this ‘revue de littérature, de sciences humaines et politiques’ directed by Édouard Glissant, this article reminds the reader that Acoma’s first role was to bear witness and keep track of the activities of the Institut martiniquais d’études (IME) founded in 1967. In a sense, this institute embodies the space of a collective work undertaken by Glissant and the members of the IME in order to create an ‘agitation culturelle’ within Martinican society and to extract it from what they consider to be, according to their assessment, the ‘stade suprême de la colonisation’. However, the journal was also concerned with opening its purview to surrounding countries where struggles for liberation continued (United States, Cuba, Québec, etc). Indeed, the Antillanité claimed by Glissant at that time is closely linked to an imaginary of the Americas and to the intent to connect other Caribbean and American countries together in order to develop and share a collective consciousness between peoples. Thus, this article demonstrates that the journal Acoma calls for a Caribbean world open to the Americas, even though this reality is still ‘virtuelle’ and remains to be envisioned today.

La revue Acoma ou l’ouverture collective aux mondes des Amériques

Abstract

Cet article analyse l’intention générale de la revue Acoma, publiée de 1971 à 1973 sous la direction d’Édouard Glissant, et plus particulièrement son ouverture aux mondes américains. Identifiant les principales caractéristiques structurelles de cette « revue de littérature, de sciences humaines et politiques », l’étude rappelle qu’Acoma a d’abord eu pour fonction de témoigner et de garder trace des activités de l’Institut Martiniquais d’Études (IME), fondé en 1967, et qu’elle constitue en ce sens un lieu du travail collectif que mènent alors Glissant et les membres de l’IME pour produire une ‘agitation culturelle’ dans la société martiniquaise et l’extraire de ce qu’ils considèrent être, selon leur diagnostic, le « stade suprême de la colonisation ». Cependant, la revue s’attacha également à ouvrir l’horizon aux pays d’alentour où se poursuivaient les luttes de libération des peuples (États-Unis, Cuba, Québec, etc.). En effet, l’antillanité revendiquée par Glissant à cette époque est étroitement liée à un imaginaire des Amériques et à l’intention de mettre en relation d’autres pays antillais et américains afin de faire émerger et de partager une conscience collective entre les peuples. Aussi cet article démontre-t-il que la revue Acoma actualise un monde antillais ouvert sur les Amériques, quoique cette réalité soit encore « virtuelle » et à bâtir aujourd’hui.

Published Open Access under a CC-BY licence: https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/

This article analyzes the main goal of the journal Acoma (1971-73), and more specifically its openness to the Americas. Identifying the main structural characteristics of this ‘revue de littérature, de sciences humaines et politiques’ directed by Édouard Glissant, this article reminds the reader that Acoma’s first role was to bear witness and keep track of the activities of the Institut martiniquais d’études (IME) founded in 1967. In a sense, this institute embodies the space of a collective work undertaken by Glissant and the members of the IME in order to create an ‘agitation culturelle’ within Martinican society and to extract it from what they consider to be, according to their assessment, the ‘stade suprême de la colonisation’. However, the journal was also concerned with opening its purview to surrounding countries where struggles for liberation continued (United States, Cuba, Québec, etc). Indeed, the Antillanité claimed by Glissant at that time is closely linked to an imaginary of the Americas and to the intent to connect other Caribbean and American countries together in order to develop and share a collective consciousness between peoples. Thus, this article demonstrates that the journal Acoma calls for a Caribbean world open to the Americas, even though this reality is still ‘virtuelle’ and remains to be envisioned today.

Livre charnière de l’œuvre d’Édouard Glissant, Le Discours antillais est composé de 96 textes dont une douzaine, si l’on se fie aux notes insérées en fin de volume, provient d’une même revue, Acoma, dont cinq numéros furent publiés entre 1971 et 1973. Quoique la création de cette revue « de littérature, de sciences humaines et politiques » constitue un élément bien connu de la biographie de l’auteur, son intention générale reste à éclairer. Aussi tentera-t-on ici d’en élucider le projet d’ensemble à partir de cette hypothèse : que le travail mené collectivement dans Acoma constitue pour l’époque un laboratoire d’idées d’abord destiné à la réalisation d’un monde antillais ouvert aux mondes des Amériques.

L’Institut martiniquais d’études et la revue Acoma ou l’ancrage dans le pays antillais

De retour à la Martinique en 1965, Glissant décide d’aborder de front le « problème » du système éducatif de son « pays », structuré selon une méthode française totalement indifférente à l’histoire et à la culture antillaises, et fonde ainsi en 1967 l’Institut martiniquais d’études (IME). Celui qui enseigne alors le français et la philosophie au Lycée des Jeunes Filles - l’actuel Lycée de Bellevue - crée cette école expérimentale située sur la route de Didier à Fort-de-France afin d’accueillir des jeunes en difficulté scolaire, mais aussi dans l’intention de rechercher collectivement et de mettre en place de nouveaux programmes pédagogiques adaptés à la « réalité » de son « lieu ».1 C’est dans ce cadre que sera publiée, dès le début de l’année 1971, la revue Acoma.

Les « notes » sur lesquelles se referme le premier numéro sont d’ailleurs consacrées à cette institution et exposent ainsi le but de la fondation de l’IME : « L’essentiel réside ici dans la volonté de montrer que des Martiniquais sont capables par eux-mêmes de dispenser un enseignement valable à des Martiniquais en tenant compte des données (sociales, culturelles, mentales) de la situation et en y adoptant les méthodes et les programmes ».2 Toutefois, la volonté de l’IME ne se limite pas à développer et à pratiquer une pédagogie proprement martiniquaise. L’Institut se présente également « comme un complexe culturel », si bien qu’ont été intégrés dans ces mêmes notes conclusives, à titre d’« indication de l’orientation de [leurs] efforts »,3 des repères chronologiques détaillant les activités culturelles organisées dans ce lycée privé depuis son inauguration jusqu’à la parution de la revue.

Il ne faudrait cependant pas considérer ces activités comme une antéhistoire de la seule revue, mais au contraire comme une partie intégrante de ce « complexe culturel » plus large que l’IME souhaitait constituer. Parmi les événements inscrits au tableau récapitulatif de ces activités, deux sont en effet directement liés à Acoma : la « fondation du Groupe de recherches en sciences humaines » en janvier 1970 et le « projet de la revue » en février 1970. Réciproquement, la revue entendait documenter les événements culturels de l’IME, comme en témoignent certains articles de la revue, à l’instar de « Folklore, exotisme, connaissance » de Roland Suvélor ou bien « Sur un spectacle » de Marlène Hospice.4 Comme le confiera Glissant dans un entretien accordé à Philippe Artières en février 2005, à l’occasion de la réédition de ce périodique en un volume, Acoma « n’était pas une entreprise éditoriale en soi, cela faisait partie d’un ensemble […], elle était pour nous un instrument parmi d’autres ».5

Le nom même de la revue exige alors que l’on y prête attention. « Acoma » est en effet le nom d’un arbre bien connu aux Antilles, dont une définition extraite de L’Histoire naturelle des Antilles de Jean-Baptiste Du Tertre est inscrite en épigraphe sur la couverture de la revue : « L’acoma franc est un des plus gros et des plus hauts arbres du pays… ». Or, dans ce même entretien avec Philippe Artières, Glissant précise les intentions et les motivations de cette nomination. Il s’agissait premièrement d’indiquer une continuité « avec ce qui s’était passé dans l’histoire de la Martinique », deuxièmement « de récupérer tout ce qu’on pouvait » contre l’histoire coloniale, troisièmement « de maintenir ou d’affirmer une force intellectuelle, culturelle, pas une force seulement politique ».6 Cette explication renvoie d’elle-même à un texte antérieur intitulé « Histoires », consacré à la figure du fugitif et placé en tête de L’Intention poétique : « Seul celui-ci [le fugitif] fut double, qui marronna sur la Trace et connut l’Acoma ».7 Cet arbre, dont le nom garderait la trace des Amérindiens, représente donc ici la mémoire du nègre marron qui, refusant la vie d’esclave, entre dans un paysage sauvage et commence une autre histoire.

Remarquons en outre que le nom de cet arbre est plus communément orthographié avec un « t » final. Il serait alors naturel de supposer que cette nouvelle orthographe renvoie à celle du créole puisque Lafcadio Hearn transcrit lui-même ce mot sans « t » dans son petit dictionnaire des proverbes créoles : « Acoma tombé toutt mounn di : c’est bois pourri », lit-on dans Gombos Zhèbes.8 Ce proverbe sera d’ailleurs repris en épigraphe du Discours antillais.9 Néanmoins, Alain Baudot remarque de manière très allusive que « l’orthographe acoma est une création ».10 Et Glissant insistera sur cette originalité orthographique lors de l’entretien de 2005 : « Acomat s’écrit avec un t en français : nous en avons fait Acoma pour poétiser, transformer et renouveler le terme ; […] mais ça m’est personnel et il n’est pas peut-être nécessaire de le dire ».11 Ainsi Glissant garda-t-il le silence sur ce nom (diminué), forçant alors son lecteur à interroger les raisons possibles d’une telle nomination.

Or, ce non-dit nous évoque un passage de Faulkner, Mississippi dans lequel Glissant rappelle que William Faulkner a décidé « d’ajouter un u à son nom de Falkner ».12 Selon lui, cette décision de Faulkner aurait permis à sa famille « d’être en quelque sorte “transposée” ou sublimée par cette variante du nom, avec u gonflant d’épique nouveauté ».13 Glissant aurait-il alors voulu de même « poétiser » l’orthographe de l’acomat pour glorifier cet arbre si symbolique et chargé d’histoire dans son imaginaire ? Remarquons du moins que le mot acoma comporte désormais, et au moins depuis 1969,14 un aspect incontestablement mythique survenu avec la perte du « t ». Mais ce n’est là qu’une des suppositions possibles face au secret glissantien profondément lié au « droit à l’opacité » qu’il revendiquait.15 Retenons pour l’heure que ce titre annonçait de lui-même la quête d’un enracinement tout autant qu’une nouvelle poussée de sève dans le monde antillais.

L’horizon ouvert : Structure et composition de la revue

Par-delà son titre, la rédaction d’Acoma reflète logiquement le travail effectué par Glissant dans de précédentes revues, lequel remonte à l’époque du Franc Jeu. L’organe éponyme de ce jeune groupe littéraire et politique constituait en effet un premier travail collectif réalisé avec des camarades martiniquais. En vérité, tout un mouvement d’aspiration collective traverse la vie de Glissant, du groupe Franc Jeu à l’Institut du Tout-Monde en passant par le Front Antillo-Guyanais pour l’Autonomie (FAGA) et l’IME. Trois documents relatifs au FAGA témoignent d’ailleurs de ces pratiques collectives : Les Antilles et la Guyane à l’heure de la décolonisation, publié aux Éditions Louis Soulanges en 1961, le numéro de la revue Esprit intitulé « Les Antilles avant qu’il soit trop tard » et publié en avril 1962, ainsi que le numéro spécial de la revue Présence Africaine consacré aux « Antilles Guyane », publié au troisième trimestre 1962. Dans ce dernier dossier saisi par les autorités, Glissant collabore non seulement avec les membres du FAGA tels qu’Albert Beville et Marcel Manville, mais aussi avec des étudiants antillo-guyanais partageant son combat pour la décolonisation. Difficile alors d’imaginer que cette expérience collective n’ait eu aucun rapport avec la rédaction de la revue Acoma.

Connaissant évidemment la revue Tropiques d’Aimé Césaire publiée pendant la Deuxième Guerre mondiale,16 Glissant introduit un nouvel élément dans Acoma. Celle-ci ne se borne pas à être une « revue de littérature », mais se définit de manière plus étendue comme « revue de sciences humaines et politiques ». Son corps central est composé de textes du groupe de recherches en sciences humaines dont Glissant est le responsable. Selon son témoignage, le groupe se réunissait environ une fois par semaine et « beaucoup de textes ont d’abord été écrits pour ces réunions-là. Tous n’ont pas été publiés dans la revue, mais beaucoup d’entre eux ont fait l’objet de discussions dans le groupe de travail d’Acoma. Le Discours antillais est une somme de ce travail-là ».17

La revue Acoma ne publiera que cinq numéros. D’abord trimestrielle, elle ne pourra garder son rythme après la sortie du deuxième numéro, en juillet 1971. Le numéro 3 sort en effet en février 1972, tandis que les numéros 4-5 paraissent en un seul et même volume en avril 1973. La difficulté principale du projet est d’ordre financier, si bien que dans les derniers numéros la direction de la revue appelle ses lecteurs à s’abonner. Dans son entretien de 2005 avec Philippe Artières, Glissant évoque néanmoins le plan d’un sixième numéro devant rassembler « des textes de Wifredo Lam, la traduction par Max Clarac-Sérou d’un poème de Neruda, La Rose séparée, sur l’île de Pâques, et des textes de Lafcadio Hearn, etc. ».18 Ainsi ce sommaire révélait-il encore l’une des caractéristiques d’Acoma, tout entière animée d’une présence des Amériques.

Malgré le caractère relativement éphémère de la revue, les cinq numéros constituent un ensemble formellement cohérent, hormis quelques différences. À partir d’une analyse de chaque sommaire, une structure générale peut ainsi être entrevue :

  • - « Événement », analyse d’une actualité politique (à partir du nº 2)

  • - Article spécial par un auteur des Amériques (Forman, Matta, Glissant, Miron)

  • - Articles collectifs par l’équipe de recherches

  • - Présentation des œuvres artistiques et littéraires (peintre, poème, pièce de théâtre)

  • - Article scientifique d’un membre de l’IME ou d’un collaborateur

  • - « Bibliographie critique » (à partir du nº 2)

  • - « Notes » (profils des auteurs)

  • Comme on le voit, la construction de ce périodique reflète parfaitement son ambition de constituer une « revue de littérature, de sciences humaines et politiques » et sa volonté de publier des articles écrits par « un auteur des Amériques », caractéristique marquante sur laquelle nous reviendrons plus loin.

    Recherches collaboratives dans le numéro 1 de la revue

    L’équipe d’Acoma est principalement composée d’étudiants et de chercheurs en sciences humaines. Parmi eux, Hector Elisabeth, Michel Giraud, Georges Gaudi, Hubert Fontaine et Marlène Hospice sont surtout remarquables au regard du travail collectif qui y occupe une place centrale. Trois dossiers sont alors réalisés : « Introduction à quelques problèmes antillais » (nº 1), « Action culturelle et pratique politique » et « Le délire verbal en Martinique » (nº 4-5).

    Le texte intitulé « Introduction à quelques problèmes antillais » qui se situe en tête du premier dossier manifeste l’intention des recherches en équipe. Évoquant les études de Michel Leiris, Eugène Revert ou Guy Lasserre, références élémentaires en sciences humaines au sujet des Antilles, Glissant et ses proches constatent qu’« aucun travail de recherche d’une certaine ampleur produit ne l’a été par un Antillais ».19 De fait, ce groupe créé au sein de l’IME avait pour principe de « s’enraciner au cœur même de la problématique de la recherche en sciences humaines aux Antilles d’expression française »20 et de contribuer à l’avènement d’une nouvelle pensée critique :

    En effet, que des Martiniquais, plus généralement des Antillais décident d’étudier la réalité de leur société et de leur culture, concourra sans nul doute à éclairer un des problèmes majeurs que cette recherche doit élucider, celui de la nature des barrages inhérents à la structure de la société antillaise et à la psyché générale de l’Antillais, héritages d’une longue histoire coloniale, qui freinent le développement d’une recherche antillaise autonome.21

    Sur le plan scientifique, cette expression militante caractérise le mouvement d’Acoma, tout aussi politique que celui du FAGA. Mais celui-là met plutôt l’accent sur la décolonisation intellectuelle, tandis que celui-ci organise un corps politique pour émanciper les Antilles françaises. Les activités collectives d’Acoma visent en effet à provoquer une ‘agitation culturelle’ au sein de la société martiniquaise intériorisant les valeurs françaises.

    Dans cette perspective, le premier dossier est constitué de quatre textes : « Structures de groupes et tensions de groupes en Martinique » de Glissant, « Les conflits raciaux considérés comme substitut à la lutte des classes aux Antilles » de Giraud, « Évolution de l’économie sucrière en Martinique du XVIIe au XXe siècle » de Gaudi et « Introduction à une étude des fondements socio-historiques du déséquilibre mental » de Glissant. Puisque le groupe d’Acoma considère que « ces communications se proposent comme intrinsèquement imparfaites, sujettes à critiques et corrections incessantes »,22 celles-ci sont accompagnées de discussions partiellement documentées qui permettent rétrospectivement d’imaginer l’ambiance tendue des réunions, comme on le constate dans la critique sévère de Glissant contre l’argument de Giraud tentant d’analyser historiquement le rapport indissociable de la race avec la classe en Martinique : « Peut-on considérer les luttes raciales aux Antilles comme un simple substitut aux luttes sociales, substitut par conséquent paralysant, tout au moins en partie, dans la mesure où l’hypostase ne peut que laisser échapper le fond du problème ? ».23

    Quoique « cette série de communications »24 n’indique pas de dates précises, celles-ci semblent avoir été prononcées dans l’ordre de leur publication. Le texte initial de Glissant propose une orientation vers « l’historicisation du problème »25 permettant de chercher dans le passé du pays les causes d’une maladie sociale et de les ausculter attentivement. Les communications des jeunes chercheurs que sont Giraud et Gaudi se placent ainsi dans cette perspective et préparent logiquement le deuxième texte de Glissant, lequel ouvre en écho une nouvelle voie pour éclaircir certains « fondements socio-historiques du déséquilibre mental » dans la population martiniquaise.

    Ce texte lui-même s’articule autour de trois analyses. Dans la première, Glissant repère les fondements du déséquilibre mental, à savoir : 1) le « peuplement » et le déracinement ou transplantement engendrés par la Traite, 2) « l’irresponsabilité latente » vis-à-vis d’un développement technique auquel les esclaves ne participent pas, 3) la difficulté d’établir une relation « normale » avec les outils et objets usuels du quotidien employés au service du maître. Dans la deuxième, il s’agit d’analyser la discontinuité de la conscience historique du peuple. Glissant déclare ainsi : « l’histoire de la Martinique est une histoire perdue : oblitérée dans la conscience (la mémoire) collective par l’acte concerté du colonisateur ».26 De plus, cette histoire est séparée de la conscience de la masse des travailleurs agricoles et gardée par une élite « qui se tient toujours dans le cadre de système ».27 Ce double effacement provoque gravement ce qu’il appelle la « non-histoire » d’un peuple qui ne possède pas toujours les moyens de production. C’est la raison pour laquelle la politique économique de la métropole à laquelle les békés et les mulâtres s’assujettissent aussi détermine celle de sa colonie et domine perpétuellement l’histoire de la Martinique. Dans la troisième partie, Glissant examine les classes sociales martiniquaises déterminées par leur « non-fonctionnalité », ce qui empêche selon lui de produire la lutte des classes. Autrement dit, les békés, détenteurs des moyens de production, sont bien contrôlés par la « puissance de tutelle » qui décide du circuit économique. L’élite ne remplit pas non plus ses fonctions de classe sociale. Selon lui, « sa vocation est d’une “représentation” vide de “contenu”, son rôle et son impact dans le circuit de production sont nuls ».28 Paralysée par le colonisateur et par l’élite, la classe des ouvriers agricoles, « la seule qui puisse être définie à la fois comme remplissant une fonction dans le circuit économique et comme ayant vocation nationale »,29 ne joue pas bien non plus « son rôle historique ».30 Cette analyse pessimiste l’oblige à avancer l’idée que « la colonisation de la Martinique se révélerait alors comme l’une des rares colonisations “réussies” de l’histoire moderne ».31 Considérée comme une synthèse des deux exposés précédents, cette communication de Glissant résume bien l’orientation générale du groupe Acoma et de cette réflexion collective sur la société martiniquaise, laquelle se poursuivra de manière progressive dans d’autres recherches collaboratives de la revue.

    Recherches collaboratives dans les numéros 4-5 de la revue

    Le double numéro 4-5 d’Acoma contient deux dossiers dont le premier est composé de trois textes : « Action culturelle et pratique politique : proposition de base » de Glissant, « Contribution à une sociologie de la culture martiniquaise » d’Hector Elisabeth et « Discussions » d’Hubert Fontaine et des membres du Groupe de recherches. L’article de Glissant porte sur la question des rapports entre « la pratique culturelle (productions, structures, idéologies) et l’action politique » en Martinique.32 Selon lui, la pratique de production culturelle doit à un moment donné être privilégiée par rapport à l’action politique, parce que la société martiniquaise souffre (et a souffert) de plusieurs problèmes qu’il identifie de la manière suivante : d’abord « la non-autonomie des classes sociales » (leur non-fonctionnalité) aurait suscité « l’aliénation structurelle » de cette société.33 Glissant y dénonce ensuite « la politique élitaire du colonialisme », c’est-à-dire la systématisation de « la pratique de création d’une élite ». Cette politique parvient à mettre cette élite créée en servitude jusqu’à ce qu’elle soit « à jamais incapable de se retourner contre ses créateurs ».34 Telle est selon lui la raison pour laquelle l’idéologie élitaire ne réside qu’en « l’acceptation, sans réserve ni contrôle, de ce qui vient du pouvoir central : culture, lois, autorités, manières, etc. ».35 Enfin, le troisième problème qu’il aborde touche à « la misère mentale ». Malgré la diminution de la pauvreté en Martinique depuis 1945, le désarroi moral s’y est profondément aggravé et se traduit selon Glissant dans « la dé-propriation, l’irresponsabilité technique, la non-maîtrise du quotidien et des circuits économiques » qui « privent la collectivité martiniquaise de ses chances d’évolution ».36 Pour lui, « toute action culturelle en Martinique » doit être consciente de ces trois aspects : la dépendance économique, la politique élitaire et la misère mentale. Telles sont les « propositions de base » qu’il énonce pour introduire « à un débat plus approfondi ».37

    La communication d’Hector Elisabeth s’inscrit fidèlement dans le prolongement de cette problématique glissantienne et vise à approfondir les trois facteurs analysés. À la suite de ces deux exposés, Hubert Fontaine amorce la discussion en reformulant à sa manière ces trois questions : l’économique, le politique et le culturel. La discussion se poursuit d’abord sur la question qu’il pose : Quel est l’axe fondamental du culturel ?38 Concernant cette question, Glissant insiste sur l’importance de « l’accumulation théorique » : « En premier lieu, l’élucidation du rôle historique des classes sociales en Martinique me paraît être base indispensable de toute pratique. En particulier, la théorie marxiste prend ici toute sa densité quand, loin des formules a priori, elle est appliquée à l’analyse de la réalité socio-historique martiniquaise ».39 Dans la discussion qui suit, la solution de l’action culturelle est alors mise en débat par le groupe de l’IME. Ce dernier pose les divers points suivants : « popularisation du travail (contre l’élitisme) ; utilisation des œuvres créés dans une optique ; dialectique action culturelle/action politique et problème de la « multiplication des centres d’action culturelle (point de vue soutenu par Fontaine) et leur coordination ».40 Sur les plans tactiques et techniques de ce groupe, la discussion porte sur le « problème des langages (cinématographique, théâtral, etc.) » ainsi que sur la création de structures de production (école, caméras-clubs, centres de publicité, atelier d’art, etc.) indépendantes des « circuits officiels ».41

    Le deuxième dossier, intitulé « Le délire verbal en Martinique », est constitué de cinq textes : « Sur le délire verbal : Introduction à une étude du délire verbal “coutumier” comme signifiant de la situation en Martinique » de Glissant, « Essai d’enquête sur le délire verbal en milieu populaire » d’Elisabeth, « Note sur une pré-enquête : Le cas Suffrin » de Glissant, « Sur les mécanismes de persuasion » d’Hospice, « Note sur l’idéologie de la représentation » des membres du Groupe de recherches. Là encore, cette étude se fonde sur le diagnostic glissantien selon lequel la société martiniquaise est une société dépersonnalisée par une aliénation structurelle à l’origine du déséquilibre mental. On peut ainsi selon lui observer dans les pratiques langagières des Martiniquais un symptôme déviant provenant de ce malaise. Dans son introduction à cette étude, Glissant classifie quatre types de « délire verbal » : celui de la communication, celui de la théâtralisation, celui de la représentation et celui de la persuasion. Les communications qui s’ensuivent visent à étudier chaque type de délire verbal. La communication la plus considérable fait l’objet du délire de théâtralisation, car Glissant interprète celui-ci comme seule « tentative de ré-appropriation », bien que le délire coutumier soit « presque uniment vécu comme dé-propriation » :42

    C’est que le délire de théâtralisation est tourment d’histoire, là où les autres délires coutumiers signalent l’absence à l’histoire ou son refus. Le délirant de théâtralisation essaie dramatiquement de ré-approprier par le verbe (de renouer avec une histoire qui accomplirait la virtualité non réalisable).43

    À noter alors que Glissant choisit comme objet d’analyse la personne d’Evrard Suffrin, fondateur du culte dit du « Dogme de Cham ». Quelques coupures de presses du journal Inter-Antilles datées de 1975 que Glissant a conservées annoncent la curiosité publique de l’époque sur cette personne considérée comme un « fou » :

    C’est la période du Carnaval, chacun de nous à Fort-de-France ne manquera pas de voir un homme déambuler dans les rues de la ville, entièrement recouvert de pancartes. Cet homme, tout le monde le connaît bien ici, son nom est si facile à retenir. C’est notre Suffrin. Certains pensent qu’il est fou, car ses inscriptions sont parfois incompréhensibles. D’autres voient en lui un mystérieux. Lui, il prône une religion dont on ne parle pratiquement pas aux Antilles : le Chamnisme.44

    Cette description, qui ne manque pas d’évoquer la scène de La Case du commandeur dans laquelle Pythagore Celat déparle à la croisée,45 montre bien le portrait que cette étude du délire verbal ne dessine pas. En effet, Glissant a bien connu Suffrin et l’a rencontré à plusieurs reprises, notamment en 1972 pour filmer sa maison et ses environs au Lamentin, comme cela est mentionné dans Le Discours antillais,46 ainsi que pour enregistrer ses discussions avec lui.47 Après la classification en douze catégories des textes de Suffrin, « le plus souvent rédigés sous forme de tracts »,48 telle qu’elle apparaît à la fin du volume du Discours antillais, Glissant conclut que « la clarification politique de la situation (une communauté responsable, ayant renoué avec la mémoire historique, ayant reconquis des structures de production adaptées […]) rendrait inutile la théâtralisation (la visée tragique) ».49

    Présence des Amériques vers l’Antillanité

    Par-delà cet attachement collectif à analyser les structures du monde antillais, l’une des caractéristiques principales d’Acoma réside dans l’ouverture aux mondes des Amériques. À ce propos, le dialogue entre Phillipe Artières et Édouard Glissant nous aide encore à bien saisir cette problématique :

    P.A. : Revenons au premier numéro. Il s’ouvre sur une double alliance, d’une part la figure de Frantz Fanon, d’autre part celle des militants noirs américains, qui sont d’ailleurs très présents dans la revue. Il y a là un souci évident d’inscrire la revue certes en Martinique, mais plus généralement dans les Amériques avec par exemple la présence du poète québécois Gaston Miron ?

    E.G. : Oui, non seulement dans la Caraïbe mais dans les Amériques. Chez nous c’était très déterminé ; dans Tropiques déjà il y avait cet élargissement, avec des textes sur Alejo Carpentier, mais dans Acoma c’était lié aussi, à cette époque, au retentissement des luttes des Blacks Panthers.50

    En effet, sept textes d’Acoma touchent clairement à la cause noire aux États-Unis : « Ten Years Plan, Lettre de Fort-de-France » de James Forman (ancien ministre des Affaires étrangères du Black Power), « Littérature nègre aux USA (I) » de Marlène Hospice dans le numéro 1, « Le rôle des universités noires dans la société américaine » (entretien avec des étudiants noirs-américains), « Littérature nègre aux USA (II) » d’Hospice dans le numéro 2, « Événement » (l’affaire George Jackson et le massacre d’Attica)51 dans le numéro 3, « Interview sur les Associations noires-américaines » et « Image des États-Unis dans les œuvres des auteurs noirs de langue française » de Juris Silenieks (Syléniks) dans les numéros 4-5. Cet intérêt accordé aux luttes des Black Panthers nous renvoie à l’analyse critique de la société martiniquaise par le groupe de l’IME qui la considère alors comme une société presque totalement colonisée. Pour la direction d’Acoma, il s’agit donc, à travers cette référence, de stimuler l’action culturelle au sein de cette société. De ce point de vue, on comprend mieux l’objectif de tous les événements culturels organisés par l’IME, et notamment la place considérable qu’occupe la mise en scène de la pièce « Histoire de nègres », jouée en plusieurs endroits de la Martinique en 1971, à laquelle fait écho le texte de Glissant intitulé « Théâtre, conscience du peuple » ainsi que la discussion sur le théâtre menée lors du colloque sur l’art et la culture qui s’est tenu en 1968 à Fort-de-France.52 Cette pièce à la fois pédagogique et politique enseigne en effet à l’auditoire l’histoire des peuples noirs selon trois époques : « l’esclavage, les luttes de libération, le néo-colonialisme et ses tentatives de décervelage ».53

    La présence des Amériques dans la réflexion et la conscience du groupe rassemblé autour d’Acoma ne se limite cependant pas à celle des Afro-Américains. Se manifeste également une présence cubaine au niveau esthétique, notamment à travers des dessins d’Agustín Cárdenas (nº 1), de Jorge Camacho (nº 3) et de Joaquim Ferrer (nº 4-5). Pour Glissant, l’art latino-américain, y compris celui du Chilien Roberto Matta (nº 2), marque une volonté de contribuer à la formation des valeurs nationales. C’est la raison pour laquelle le texte de présentation de Camacho dans le numéro 3 - non signé mais probablement écrit par Glissant -, mentionne « l’affaire Padilla » en 1971, ce qui oblige à réfléchir sur la relation entre les œuvres littéraires ou artistiques et l’idéologie de la révolution cubaine.54 De même, le compte rendu d’Hospice sur la version française du roman Paradiso de José Lezama Lima, publié en 1966 et traduit en 1971, témoigne de cet intérêt.55 Quant à l’interview de Matta par Max Clarac-Sérou intitulée « Poétique de la révolution chilienne » (nº 2), elle attire notre attention en ce que « la révolution chilienne » désigne ici l’arrivée au pouvoir du gouvernement socialiste de Salvador Allende en 1970, avant son renversement par Augusto Pinochet et la CIA en 1973. Mais au-delà de ce phénomène politique, l’artiste chilien insiste sur la révolution culturelle ancrée dans le « sens de la vie » des travailleurs.56 Le peintre déclare : « Je crois que la révolution culturelle va créer une autre poétique qui sera une autre chose, qui sera belle ».57 On trouve dans ces idées de Matta des résonances de l’esprit de Mai 68 selon lequel la dimension imaginaire précède la base matérielle. Cette logique fonctionne également dans la conscience collective d’Acoma qui assure la prééminence de l’action culturelle sur la pratique politique.

    En outre, une contribution de Gaston Miron atteste également d’une présence québécoise dans cet imaginaire des Amériques. Sa prose mêlée à la poésie dans ses « Recours didactiques » (nº 4-5) décrit l’itinéraire intérieur et tourmenté de ce poète militant voué à la cause québécoise.58 De même, « Le dossier brésilien » dans les numéros 4-5 dénonce la répression de l’État brésilien, alors incarné par le régime de dictature militaire, contre le mouvement révolutionnaire.59 Dans cette même ouverture aux Amériques, signalons également l’histoire et la situation actuelle d’Haïti qui intéressera la direction de la revue tout au long de sa publication, comme en témoignent les articles de Suzy Castor, « L’occupation américaine en Haïti » (nº 3), de Jean Métellus, « Une affaire réglée » et de Rémy Anselme, « Le phénomène Duvalier : sa signification » (nº 4-5),60 ces deux derniers ayant été écrits après la mort de Papa Doc en 1971. L’analyse historico-politique de Rémy Anselme sur « le phénomène Duvalier » en Haïti apporte au lecteur francophone une connaissance approfondie de cette nation glorieuse et tragique à la fois.

    Tels sont les principaux éléments à travers lesquels se manifeste la présence des Amériques (États-Unis, Cuba, Chili, Canada, Brésil, Haïti) dans la revue Acoma. Cette caractéristique particulière a d’ailleurs été remarquée par Laënnec Hurbon qui présenta la revue en 1971 dans Présence Africaine.61 Aux côtés d’Acoma figurait alors Nouvelle optique, une revue publiée au Canada portant sur « les recherches haïtiennes et caraïbéennes ».62 Or, cette volonté de situer la Martinique dans le contexte élargi des Amériques se lie étroitement à la perspective de l’Antillanité que Glissant développe dans le texte fameux du Discours antillais intitulé « Le vœu, le réel » :

    Le réel est indéniable : culture issue du système des Plantations ; civilisation insulaire […] ; peuplement pyramidal avec une origine africaine ou hindoue à la base, européenne au sommet ; langues de compromis ; phénomène culturel général de créolisation ; vocation de la rencontre et de la synthèse ; persistance du fait africain ; cultures de la canne, du maïs et du piment ; lieu de combinaison des rythmes ; peuple de l’oralité.63

    Cette perspective permet ainsi de découvrir la relation de l’île avec les pays antillais et américains. Mais à cette époque, les « peuples d’ici » n’avaient, selon Glissant, pas encore pris conscience de cette réalité :

    Ce réel est virtuel. Il manque à l’antillanité : de passer du vécu commun à la conscience exprimée ; de dépasser la postulation intellectuelle prise en compte par les élites du savoir et de s’ancrer dans l’affirmation collective appuyée sur l’acte des peuples.64

    Cette déclaration de Glissant éclaire la tentative collective d’Acoma visant à mobiliser les efforts intellectuels pour contribuer, à travers cette revue et ce groupe de recherche, à la réalisation d’une antillanité ouverte à la relation des Amériques.

    Réaliser un monde antillais encore « virtuel »

    Ainsi, on le voit, le projet de la revue Acoma n’était pas celui d’une simple publication attenante destinée à consigner les activités de l’IME ou à rassembler des textes autour de la culture antillaise. Cette revue visait bien plutôt à produire une ‘agitation culturelle’ dans la société martiniquaise des années 1970 afin de la faire sortir du ‘stade suprême de la colonisation’ selon le diagnostic établi par le groupe Acoma. Ce but exigeait aussi alors d’ouvrir l’horizon aux pays d’alentours où les luttes des peuples se poursuivaient. En effet, la présence des Amériques dans cette revue est naturellement liée à la notion d’antillanité. Telle est la raison pour laquelle Glissant et son équipe menèrent avant tout leur combat dans une dimension culturelle et imaginaire. La revue constituait en effet un champ de bataille intellectuelle vers l’actualisation d’un monde antillais encore « virtuel » à l’époque. Or, on peut remarquer aujourd’hui que ce monde relationnel n’a jusqu’à présent pas véritablement émergé et que l’héritage colonial ne se résout pas seulement à l’échelle des Amériques mais aussi dans la mondialité. Cela prouve aussi que le travail collectif d’Acoma ne se situe pas dans le passé et qu’il nous donne aujourd’hui encore des instruments utiles pour mieux penser le drame actuel du Tout-monde.

    Les activités de l’IME ont été évoquées par la critique dans plusieurs textes imprimés : Beatrice Stith Clark témoigne ainsi des « cours de vacances » en août 1974 à l’IME dans son article « IME Revisited: Lectures by Édouard Glissant on Socio-cultural Realities in the Francophone Antilles », World Literature Today, 63.4 (1989): 599-605 ; de même, la biographie de Glissant par François Noudelmann, Édouard Glissant : l’identité généreuse (Paris: Flammarion, 2018, pp. 220-26), en décrit sous une forme romanesque l’ambiance et les activités. Le texte le plus précieux en la matière demeure cependant celui de Suzy Cater, augmenté d’un entretien avec Juliette Éloi-Blézès autour de son activité théâtrale, intitulé « Histoire de nègre ou le début d’une “aventure théâtrale” avec Édouard Glissant et l’Institut Martiniquais d’Études : Entretien avec Juliette Éloi-Blézès », paru dans Nouvelles Études Francophones, 30 (2015), 42-56.

    Acoma (Perpignan: Presses Universitaires de Perpignan, 2005), p. 140.

    Acoma, p. 141.

    Bien que les repères chronologiques ne précisent pas les activités filmographiques et musicales de l’IME, nos recherches nous ont permis de retrouver un document précieux témoignant de cette époque, à savoir un disque enregistré lors d’un concert de jazz organisé à l’IME le 3 février 1969. Intitulé « Jazz Poésie à l’IME », ce disque est consacré aux « Noirs américains en lutte ». Sur sa couverture figurent les noms des musiciens, dont les pianistes Alain Jean-Marie et Paul Rosine, ainsi que le texte de Glissant. À ce sujet, voir les renseignements fournis par le site discogs.com.

    Édouard Glissant, « Acoma, une revue d’activisme culturel en Martinique, 1971-1973 : Entretien avec Philippe Artières », La Revue des Revues, 36 (2005), 3-13 (p. 5).

    Glissant, « Acoma », p.5.

    Édouard Glissant, L’Intention poétique (Paris: Seuil, 1969), p. 7.

    Lafcadio Hearn, Gombo Zhèbes: Little Dictionary of Creole Proverbs (Bedford: Applewood Books, 2014 [1885]), p. 7. Le proverbe peut ainsi être traduit en français : « Quand l’Acoma est tombé, tout le monde dit : C’est du bois pourri ».

    Édouard Glissant, Le Discours antillais (Paris: Seuil, 1981), p. 7.

    Alain Baudot, Bibliographie annotée d’Édouard Glissant (Toronto: Éditions du GREF, 1993), p. 83. Selon Baudot, « le mot apparaît tôt dans l’œuvre de Glissant. On le trouve par exemple dans le compte rendu de l’ouvrage de Romain Weingarten, Fomalhaut […], texte qui est repris, avec modifications stylistiques, dans L’Intention poétique (1969) ». Certes le mot acoma se trouve dans L’Intention poétique, mais non pas dans le texte original de 1956. Voir Édouard Glissant, « FOMALHAUT, par Romain Weingarten (Falaize) », Les Lettres nouvelles, 43 (1956), 651-52.

    Glissant, « Acoma », p.5.

    Édouard Glissant, Faulkner, Mississippi (Paris: Stock, 1996), p. 51.

    Glissant, p. 52.

    Dans un passage du Quatrième Siècle (Paris : Seuil, 1964; Gallimard coll. « L’Imaginaire », 1990, p. 153), Glissant utilise l’orthographe avec « t » : « Ils disent sous le bois regardez c’est acomat ».

    J’ajouterai deux autres hypothèses. Selon Hearn, le proverbe signifie que « a powerful or wealthy person who meets with misfortune is at once treated with contempt by those who formerly sought his favor or affected to admire his qualities”. Hearn, p. 7. Il se peut donc que Glissant se soit ironiquement considéré comme acoma dans ce sens. Interprétation plaisante. Peut-être a-t-il aussi entendu dans ce mot l’écho du nom d’un village amérindien du Nouveau-Mexique appelé Pueblo Acoma.

    Lotte Arndt résume la relation entre la revue Tropiques et la revue Acoma dans son livre Les revues font la culture ! : Négociations postcoloniales dans les périodiques parisiens relatif à l’Afrique (1947-2012) : « Le projet [de la revue Acoma] prolonge celui entamé par Aimé Césaire avec la revue Tropiques […]. Si Césaire s’était confronté au régime de Vichy et avait opté pour la départementalisation de la Martinique en 1946, Glissant, lui, remet en cause cette départementalisation et veut rallier les Antilles à la cause noire ». Il faut également remarquer que Glissant veut non seulement rallier son pays à la cause noire mais aussi aux mouvements politico-culturels qui apparaissent dans l’espace des Amériques. Voir Lotte Arndt, Les revues font la culture ! : Négociations postcoloniales dans les périodiques parisiens relatif à l’Afrique (1947-2012) (Trier: Wissenschaftlicher Verlag Trier, 2016), p. 50.

    Glissant, « Acoma », p. 11.

    Glissant, « Acoma », p. 11.

    Ainsi, Juliette Éloi-Blézès publia un compte-rendu sévère sur les deux tomes de L’Encyclopédie antillaise de Jack Corzani (1971 et 1972). Voir Acoma, pp. 631-33.

    Acoma, p. 33.

    Acoma, pp. 33-34.

    Acoma, p. 34.

    Acoma, p. 59.

    Acoma, p. 34.

    Acoma, p. 42.

    Acoma, p. 88.

    Acoma, p. 88.

    Acoma, p. 92.

    Acoma, p. 93.

    Acoma, p. 93.

    Acoma, p. 90.

    Acoma, p. 458.

    Acoma, pp. 458-59.

    Acoma, p. 460.

    Acoma, p. 461.

    Acoma, p. 462.

    Acoma, p. 458.

    Acoma, p. 482.

    Acoma, p. 483.

    Acoma, p. 486.

    Acoma, p. 486.

    Acoma, p. 507.

    Acoma, pp. 507-08.

    Chemise « Documents. Suffrin. Contes. Textes » (Boite 32, dans le Fonds Édouard Glissant, Bibliothèque nationale de France).

    Édouard Glissant, La Case du commandeur (Paris: Seuil, 1981), pp. 15-17.

    Glissant, Le Discours antillais, p. 388.

    Acoma, p. 526.

    Acoma, p. 526.

    Acoma, pp. 531-32.

    Glissant, « Acoma », p.6.

    Cette rubrique sur la situation politique rapporte aussi des nouvelles d’Yvon Leborgne, ancien membre du FAGA. Professeur d’enseignement secondaire en Guadeloupe, ce dernier est d’abord parti s’installer en Corse, puis dans le sud de la France à la suite de l’ordonnance de 1960. L’événement évoque sa grève de la faim à Cannes comme une « voie de résistance à l’intérieur du cadre administratif ». Acoma, p. 294.

    Acoma, p. 167.

    Acoma, p. 359. Éloi-Blézès se souvient, dans son entretien avec Suzy Cater, de sa participation au groupe théâtral.

    Acoma, p. 322.

    Acoma, pp. 420-21.

    Acoma, p. 158.

    Acoma, p. 164.

    Acoma, pp. 447-57.

    Acoma, pp. 648-50.

    Concernant Haïti, voir également le compte rendu de Georges Gaudi sur Arc-en-ciel pour l’Occident chrétien de René Depestre paru dans Présence Africaine (nº2).

    Laënnec Hurbon, « Naissance de deux revues caraïbéennes », Présence Africaine, 80 (1971), 177-79.

    Hurbon, p. 177.

    Glissant, Le Discours antillais, p. 422.

    Glissant, Le Discours antillais, p. 422.


    Details

    Author details

    Nakamura, Takayuki